Mardi 8 juin 2010
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Ce n'est pas par manque de vent que la "Boudeuse" a été contrainte d'affaler définitivement les voiles, mais
par manque de moyens financiers. Ainsi, le 1er juin dernier à minuit, la mission Terre-Océan du Grenelle de la mer a officiellement pris fin.
J'ai peint ce vieux gréement magnifique, lors de sa venue à La Rochelle en 2007
Missionnée par l'Etat pour sillonner les mers, la goélette avait quitté le port de Fécamp au mois d'octobre
2009 pour une mission de travail scientifique d'une durée de deux ans. Elle devait tout d'abord effectuer des travaux scientifiques sur les rivages et les fleuves d'Amérique du Sud, puis elle
devait mettre le Cap sur la Patagonie pour y explorer les chenaux avant de gagner le Pacifique.
Au bout de la rade, à La Rochelle, quelques amoureux des beaux bateaux
étaient venus à sa rencontre
le trois-mâts goélette faisait son entrée dans le port des Minimes
C'était le 8 août 2007
Acheté en 2003 et barré par Patrice Franceschi son capitaine, le trois-mâts goélette a quitté mercredi matin le
Venezuela pour la Martinique où il serait mis en vente, pour éponger une dette de 400.000 €, qui augmente
chaque jour qui passe.
Je vous livre le dernier mot du capitaine:
"Vous avez pu lire dans l’actualité de ce site le communiqué de presse annonçant la fin de la mission TERRE-OCEAN et la vente de
La Boudeuse devenue inéluctable sous la pression de l’endettement et des créanciers. Vous avez droit à quelques explications complémentaires.
Les voici:
Malgré la participation des entreprises et institutions dont la liste est présente sur ce site internet, il n’a jamais été possible de réunir la totalité du budget de l’opération, pourtant réduit
à son strict minimum: 1M€ par an une fois payés les frais de la préparation du navire et de l’expédition elle-même. En conséquence de quoi, au moment de l’arrivée de La Boudeuse en
Amérique du Sud fin décembre 2009, les moyens financiers disponibles étaient déjà épuisés.
A ce moment-là, entre abandonner la mission faute de moyens ou prendre le risque d’un endettement pour la continuer, nous avons opté pour ce dernier choix, espérant que cet ultra-volontarisme
doublé de la réussite de la mission sur le terrain forcerait le destin et permettrait de trouver les fonds nécessaires. Après cinq mois d’endettement et en dépit du succès des expéditions en
Amazonie française, force est de constater qu’il n’en a rien été malgré des efforts déployés tous azimuts. Sans doute l’époque n’est-elle plus à ce type d’engagement et au rêve désintéressé. La
« crise » est aussi passée par là avec ses « restrictions budgétaires » et n’a, certes pas, contribué à dynamiser les esprits.
Quoi qu’il en soit, l’endettement immédiatement exigible avoisine les 400.000 euros et ne permet plus aucune marge de manoeuvre même si nous voulions prendre encore davantage de risques. Vous
l’aurez compris, les mathématiques comptables, inexorables et implacables dans leur roide froideur, ont fini par nous rattraper et nous imposer leur joug. Mettre fin à la mission et vendre le
navire n’est donc pas, d’une certaine manière, un choix mais une conséquence.
Je laisse à chacun d’entre vous le soin d’interpréter ce qui a été, ce qui est, et ce qui aurait dû être. Comme d’interpréter ce qui aurait pu être en d’autres temps ou d’autres lieux, avec
d’autres hommes.
Puisque tout est dit désormais, je tiens à rendre un dernier hommage public aux hommes et femmes de mon équipage. Ils ont été plus d’une cinquantaine à n’avoir jamais démérité, bien au contraire.
Malgré les vicissitudes et l’âpreté de notre combat, l’infortune et l’adversité inhérentes à toute aventure véritable, ils ont été à la hauteur de leur mission, et même au dessus, depuis les
tempêtes du golfe de Gascogne jusqu’à la boue des marais d’Amazonie, forgeant encore davantage leur caractère dans les épreuves surmontées ensemble. Qu’ils en soient remerciés ici, et assurés en
même temps qu’il y a toujours une part de victoire dans la défaite quand celle-ci n’a rien à voir avec la compétence ou la volonté, encore moins avec le courage ou le désintéressement. Si la
providence le veut, nous nous retrouverons un jour pour d’autres engagements, d’autres aventures.
Je tiens également à exprimer mes remerciements les plus sincères à la Marine Nationale dont le soutien ne s’est jamais démenti et à la poignée d’hommes et de
femmes qui ont accompagné l’existence de La Boudeuse
Ma première préoccupation désormais va être d’une redoutable simplicité: tenter autant que faire se peut de trouver un acheteur qui conservera à La Boudeuse son pavillon français pour
que ne se délite pas davantage encore le patrimoine maritime national déjà l’un des plus ténus d’Europe. La Boudeuse était l’un des très rares trois-mâts français encore existant et le
seul au monde à naviguer sur toutes les mers du globe pour perpétuer l’esprit des grandes expéditions maritimes du « Siècle des Lumières ». Il exprimait aussi, disons-le, une forme de
liberté. Nous aimerions qu’il conserve au moins une part de cette grandeur qui déserte nos sociétés. Sans doute s’agit-il d’un combat d’arrière-garde compte tenu de l’esprit du temps et de ce qui
vient de se passer, mais ce combat sera mené.
Après quoi, tout continuera. Car, naturellement, et malgré le paradoxe, rien n’est terminé. J’entends par là que la perte de La Boudeuse, aussi triste soit-elle pour nous et tous ceux
qui aiment la mer, ne marque pas une fin mais le début d’autre chose. Nous le lui devons bien.
Alors, même si cet « autre chose » n’existe pas encore, il ne reste plus qu’à affirmer comme dans les romans populaires d’autrefois: « En avant pour de nouvelles aventures… »
jusqu’au bout. Ils avaient la tête épique et romanesque et se reconnaîtront sans peine."
Patrice Franceschi,
Capitaine de La Boudeuse, 1er juin 2010
Dommage...Souhaitons à la "Boudeuse" de se retrouver entre de bonnes mains de marin.
Mon tableau de "La Boudeuse" vous a plu, n'hésitez pas: pich.7@wanadoo.fr
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Pich