Samedi 31 octobre 2009
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Cet article est un voyage dans le temps qui nous emmène sur les bancs de Terre-Neuve, dans l'océan atlantique
nord, où des milliers de terre-neuvas en bavèrent vraiment...!
En 1627, Fécamp dénombrait près de 20 vaisseaux qui partaient chaque année sur les bancs de
Terre-Neuve pour pêcher la morue.
Les guerres de Louis XIV brisèrent cet essor, qui reprendra progressivement au 18ème siècle. Lors d’un
dénombrement effectué en 1764, sur les 36 navires à quai, 6 furent armés pour le commerce des îles (Cayenne, Antilles), 12 pour le cabotage, 2 pour
Terre-Neuve et 16 pour le hareng et le maquereau (archives de Fécamp).
À la veille de la Révolution, 14 navires fécampois furent "armés" pour la pêche morutière sur les bancs de
Terre-Neuve. À cette époque, la morue était pêchée avec de simples lignes à mains, directement filées à partir du bord du navire par les marins, installés dans des tonneaux, à l’extérieur du
bastingage.
C'est en 1789, que le capitaine dieppois Sabot eut le premier, l’idée de remplacer ces lignes à mains par des
lignes dormantes ou lignes de fond. Appelées également "harouelles", ces lignes très longues, garnies d’un grand nombre d’hameçons étaient tendues au fond de l’eau , maintenues par des
plombs.
Bien que d’un rendement supérieur, cette nouvelle méthode de pêche fut d’abord décriée, jugée dangereuse pour
les matelots. Elle ne s’imposa définitivement que vers 1830-1840. Pour déposer les lignes et les relever, deux lourdes chaloupes, longues d'environ huit mètres étaient ulilisées,
montées chacune par un équipage de six à huit hommes. Encombrantes et difficiles à manier, ces embarcations pouvaient être terriblement meurtrières. En cas de perte, c’était près de
la moitié de l’équipage qui disparaissait d’un seul coup !
Le
Doris vit le jour aux Etats-Unis dans les années 1850-1870, pour être utilisé par les goélettes américaines, pour la pêche à la morue sur les côtes du Labrador. En 1876, des capitaines fécampois
ramenèrent de Terre-Neuve quelques exemplaires de doris, petites embarcations à fond plat, construites avec des bordages à clin.

Trois-mâts barque
fécampois en pêche à Terre-Neuve
On voit bien les deux dorissiers entrain de jeter les morues sur le pont du navire,
à l'aide de leur piqueux, grand bâton terminé par une pique
(aquarelle gouachée signée DROY)
En 1877, 4 armateurs décidèrent de l’essayer et 4 ans plus tard, l’ensemble de la flotte morutière en
fut équipé.
L’utilisation du doris présentait effectivement de nombreux avantages. Léger, ne
mesurant que sept mètres de long, le doris était empilable et aisément transportable. Sa mise à l’eau quotidienne, pour aller tendre les lignes de fond puis les relever, et son remontage à bord
du voilier pour la nuit, s’en trouvaient facilités.
Au
temps des chaloupes, deux seules lignes de fond étaient mises à l’eau. L’utilisation de doris, au nombre d’une douzaine par navire, élargit considérablement le territoire de pêche et accrut la
production morutière industrielle.
Auparavant, quand une chaloupe était perdue, c’était un équipage de huit hommes qui disparaissait. Avec deux hommes par doris, le risque se trouva
minimisé.
C'est pourquoi des centaines de doris furent construits chaque année, d'autant que la législation imposait alors de les changer, après deux
campagnes sur les bancs.
Pour la pêche en doris, deux tirages au sort avaient lieu sur le navire. Le premier, juste après le
départ de Fécamp, pour l’attribution des doris à chaque équipage ; le second, sur les bancs, pour la répartition des "aires de vent", position des doris par rapport au voilier. Puis les
dorissiers tiraient au sort leur aire de vent. La rose était divisée en douze sections égales, l’un recevait le nord, un autre le nord-est, etc… Chacun de son côté, telle était la règle
invariable. » (Marcel Ledun, 1963)
Après avoir « boëtté », c’est à dire pêché le bulot, principal appât de la morue, les hommes partaient à bord
des doris en fin d’après-midi, pendant plusieurs heures, pour poser les lignes dans les aires de vents.
« L’aventure des dorissiers étaient quotidiennement une aventure dangereuse. Ils n’étaient jamais plus de deux
à bord : le patron et son « avant ». Parfois, les hommes devaient ramer deux, trois ou quatre heures entières dans un milieu particulièrement hostile : tempêtes, icebergs, cachalots, et
surtout... la brume, si dense que du bord, on ne voyait même pas les hautes vergues ; le tintement de la cloche était la seule sécurité des dorissiers sur la route du retour. (...) Il
arrivait par fort vent contraire que le tintement ne fût pas entendu. (...) La plupart des pêcheurs qui ne sont jamais revenus de Terre-Neuve, ont péri de cette façon ». (Marcel Ledun, 1963)
À l’aube, les pêcheurs quittaient à nouveau le navire pour le relevage des lignes qui durait de 4 à 6 heures,
suivant l’état de la mer.
Relevage des lignes à bord d'un doris
(photo Assosciation Fécamp Terre-Neuve)
Les terre-neuvas entassaient les morues dans chaque doris, souvent au risque de le faire chavirer !
Revenus près du voilier, les dorissiers jetaient les poissons sur le pont du navire à l’aide d’un piqueux, bâton terminé d’une pique. Commençait ensuite le travail du poisson...
Je tiens à dire un grand merci à l'Association Fécamp Terre-Neuve, grâce à laquelle j'ai pu publier cet article. Je vous mets ci-dessous, un lien, pour que vous puissiez vous rendre,
sur le site très intéressant, de cette association.
Sources:
Marie-Hélène Desjardins
Conservateur du musée des Terre-Neuvas & de la pêche.
© Musée des Terre-Neuvas de Fécamp.
Pich
Par Pich
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Publié dans : mer et bateaux
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