Après 507 jours passés sur la banquise, le voilier polaire Tara est rentré à
Lorient, son port d'attache, le 23 février 2008.
Son aventure arctique avait pris fin, plus tôt que prévu, soit environ
200 jours de moins, que ce qu'avaient calculé les scientifiques. Tara est le voilier qui sera allé le plus loin, au nord de la planète.
Parti le 11 juillet 2006 de Lorient, il fit escale fin juillet, sur sa route vers le
Nord, à Oslo.
Fin Août, quittant le port de Tiksi, il lui fallut trois jours de navigation pour atteindre la glace.
Aidé dans sa progression par un brise-glace russe qui lui ouvrait la voie, notre voilier arctique, après avoir poussé à fond ses deux moteurs, grimpa sur la banquise et s'immobilisa pour sa mise en glace.
C'est ainsi que Tara gara ses 180 tonnes, le 3 septembre 2006 sur l'immense parking de la banquise, au-dessus d'une plaque de glace, épaisse d'un mètre cinquante.
Ce voyage exceptionnel a été rendu possible grâce à l'opiniâtreté d'Etienne Bourgeois, arborant trois casquettes:
directeur du programme Tara, armateur du bateau, chef d'entreprise.
Tara Artic, l'expédition polaire, s'est associée au programme scientifique européen Damocles, qui vit le jour à la fin de l'année 2005. Coiffé par l'océanographe Jean-Claude Gascard, le dit programme regroupe 48 laboratoires de recherche, dont le CNRS.
Déjà, en 1893 le Norvégien Fridtjof Nansen, à bord de son voilier "Fram", avait tenté une semblable aventure.
Quelques mots tout de même, pour rappeler qui fut Fridtjof Nansen, et pour en savoir un peu plus, sur le
voilier "Fram".
Fridtjof Nansen, né en 1861, fut un océanographe, un scientifique, un homme d'Etat. Son dévouement aux causes
humanitaires permit de sauver des milliers de vie, après la Première guerre mondiale. Il fut
également Prix Nobel de la Paix en 1922. Mais avant tout, Nansen se considérait comme un
explorateur et un homme de science. Il publia en 1871 A travers le Groenland et Vers le pôle en
1897.
Le 24 juin 1893, Nansen et son équipe, à bord du "Fram" quittèrent Christiana (l'actuelle ville d'Oslo). Le
Trois-mâts goélette navigua le long de la côte Nord de Sibérie. Quand il fut arrivé à environ cent miles des îles de la Nouvelle Sibérie, Nansen changea de cap, obliquant plein
Nord.
Trois mois plus tard, le 24 septembre 1893 alors que le "Fram" se trouvait à une latitude de 78°30 N, le voilier fut bloqué dans les glaces.
Nansen et son équipe, à bord du "Fram", se préparèrent alors, à dériver vers l'Ouest, en direction du Groenland.
le "Fram"
Le "Fram" était un navire de 402 tonneaux bruts (1 tonneau =2,83 mètre cubes), gréé en trois-mâts goélette,
avec une voilure d'une superficie de 600 m². Equipé d'une machine à triple expansion de 220
chevaux-vapeur, il pouvait atteindre la vitesse de 6 à 7 miles à l'heure.
Pour qu'il puisse être soulevé par la pression des glaces au lieu d'être broyé, le "Fram" fut construit sur des plans spécifiques, dont les principales caractéristiques étaient les suivantes :
Sa coque était effilée à l'avant et à l'arrière, avec des flancs unis, pourqu'elle puisse glisser, hors de la glace, en cas de pression. Le tout fabriqué en bois de chêne d'une épaisseur totale de 70 à 80cm. Le bois de chêne utilisé, avait séché sous abri, depuis plus de trente années.
L'arrière et l'avant de la coque avaient été renforcés, l'avant était équipé en plus, d'un taille-mer en fer, pour mieux le protéger.
Sous la coque une quille arrondie, le gouvernail avait été placé très bas, pour éviter qu'il soit brisé par la glace.
La cale du "Fram" était divisée en trois compartiments étanches, pour assurer une plus grande sécurité, surtout, en cas de voie d'eau. L'intérieur du navire comprenait un salon et six cabines.
Pris par les glaces le 24 septembre 1893, le navire glissa et s'élèva pour retomber à sa place initiale, lorsque son poids brisa la glace. Six jours plus tard, le 29 septembre, le navire gagna son premier degré de latitude vers le pôle alors que la température affichait -14,5°C.
Les relevés de position montrèrent une légère dérive vers le nord, mais pas de surprenants zigzags. A Noël, la température était descendue à -40°C. Les sondages révélèrent des fonds bien plus importants que prévus, et donc, une moindre importance des courants marins sur la dérive.
Le 2 février 1894, lors du retour du soleil, le navire se trouva à 82°10'N. La position du "Fram" recula fortement en juillet et août.
Tara a été construit en France à l’initiative de Jean-Louis Etienne, médecin explorateur, en 1989 et dessiné par les architectes navals Luc Bouvet et Olivier Petit. Appelé "Antarctica", cette goélette a parcouru toutes les mers du globe, jusqu’en 1995.
Puis elle fut reprise par Peter Blake sous le nom de "Seamaster", qui en fit l’instrument principal de son programme de défense de l’environnement, soutenu par le programme des Nations Unies pour l'environnement.
Le 5 décembre 2001, alors qu'il était en mission avec ses collaborateurs, dans l'estuaire de
l'Amazone, le bateau et son équipage furent attaqués par un groupe de pirates. Peter Blake fut malheureusement tué et deux membres d'équipage furent blessés. "Seamaster" resta à quai pendant
2 ans.

En 2003, le directeur général d'Agnès b, Étienne Bourgois reprit le bateau en le rebaptisant Tara. Il lança le projet Tara Expéditions, pour faire prendre conscience de la fragilité de
l’environnement. Depuis, Tara avait déjà fait 6 expéditions, parcouru plus de 40 000 milles du Nord au Sud, avant de se lancer dans le projet, Tara Artic 2007-2008.
