La Grande Traversée Atlantique
Kukulcan:Après les fous, Sainte-Anne !
Avant que d'entreprendre la
remontée du Saint-Laurent, les équipages de Kukulcan et de Traid'Union, décidèrent d'aller à la rencontre des fous..., des fous de Bassan. Puis, comme vous allez le voir plus tard,
certainement guidé par la même logique implaccable, captain Jacques, va conduire son équipage, à Sainte-Anne...
Mais, vous allez vite
vous apercevoir, qu'il s'agit... de Sainte-Anne-des-Monts.
Dans l'immédiat, laissons leur la
plume...
Escapade chez les Fous
Lundi dernier, le 9 crois-je, on ne sait plus comment on vit, nos potes de trait-d’union, profitant lâchement de
l’absence de leur redoutable skipper Philippe, parti à terre conclure on ne sait quel contrat suspect, nos potes, disais-je, nous invitèrent à leur bord, pour partager les
succulentissimes lasagnes maison, préparées par chief Pascal et son second Alain. Un régal, un délice de l’estomac, un velours du rectum. Qui n’a pas goûté ces tabernac’ de lasagnes, n’a
rien vu !
Traid'Union à quai, dans le port des chalutiers, à La Rochelle
Pendant que nous sirotions l’apéro (Château Yquem 1962, déniché dans la cabine arrière tribord), on nous
fit visiter ce palace aquatique : cabines king size, jacuzzi, salon moquetté de mohair, lambrissé de loupe d’orme, bref me dis-je, in petto, le garage, ça nourrit son
homme !
Nous passâmes à table, et avant d’attaquer les lasagnes, Dédé brandit une boutanche de Pétrus 1982, qu’il
déboucha aussi sec, (encore une que les Saintois n’auront pas !). Ambiance fraternelle, décontractée, saucissonesque, (même Yves, le mangeur de carottes s’y mit),
pantagruélique, et faut l’avouer, paillarde avec quelques blagues assez fines, contées par Dominique. C’est alors que l’un d’entre nous, au moment d’attaquer la fine champagne du
patron, eut cette idée mirifique : -et si on allait demain sur l’île de Bonaventure, à Percé ??
Aussitôt dit, aussitôt fait, et c’est ainsi que nous partîmes le
lendemain matin, à deux voitures, sous un soleil radieux, vers Percé,
à 70 km de là.
la roche de Percé
le trou, vu de plus près
encore plus beau, juste avant le lever du soleil
La location d’un bateau nous prit 30’’, et 20 dollars et nous voilà
partis voirla célébrissime roche de Percé qui est…faut-il le dire ??
...percée en son centre, par un authentique trou datant du
mésozoïque supérieur.
Près de 40.000 couples de fous de Bassan, vivent sur l'île Bonaventure
Mais le clou de la visite restait à venir : l’îlot de St Bonaventure
et son repaire de fous de Bassan, deuxième du monde par la taille,
le premier étant si je ne me gourre, celui des îles Skellig. Mais,
laissons parler notre guide, dans sa langue vernaculaire,
et son inimitable accent Gaspésien, sacrament !!
-Mes cheums,tabarnac’ , l’fou d’Bassan à n’point confond’ avec
le fou d’Ukhu, ou l’fou d’Labytt’, est un ben grâo zoziau,
en latin morus bassanus. Y’m’zure près de 3 pieds, pour
un’ envergure, Ostie !, de 2 verges, ou ben 1 brasse.

l'est p'tête con c'te bâète, mais qu'il est beau en vol !
Il est toute blanc sauf la taête qu’est ben jâone et l'bout des ailes
qu'est noir. L’hivâer y’s’ballade en Floride ou au Gâolfe du Mexique,
en solitâère, car le fou aime ben la branlette, mais Kriss de
Tabernouche, quand vient l’été, y’r’vient par chez nous,
pour retrouver sa f’melle. C’est ben la preuve qu’il est un peu con
c’te bâète, il est monogame en maudit !
Quand il a r’trouvé sa vioque, il lui pique le cou et la nique en 24".
J’en voués qui rigolent, mais... plusieurs fouès à la suite.
J’en voués qui rigolent plus, hein ! Caaptain Jack !
Sont pas entrain de s'faire des "gros becs", comme on dit
au canada, mais
le jeune fou de Bassan est
nourri comme cela, par régurgitation.
Ensuite, y font un ben grâos nid de varech qui pue la mâort
et la f'melle elle pâond son zoeuf, qu'est pas ben grâos.
Quarante quatre jours plus tââârd, l'poussin éclôt
et s'fait nourrir, par régurgitation d'poisson pourri.
En septembre, l'petiot est prêt à s'élancer d'la falâèze,
la moitié, tabernac', s'casse la gueule en arrivant et sont bouffés
par les phôques voraces, les loups-phoques qu'on nomme ça,
et qu'attendent que ça, les saligauds en maudit !
Et puis, quand vient l'hivâer (au Canada, comme ailleurs,
y'a 4 saisons, ôstie: avant l'hivâer, pendant l'hivâer, après l'hivâer
et, en attendant l'hivâer). Et ben, les zoziaux, y's'barrent tout'
au Mexique, car y sont friands de fajitas et de tacos, qu'y
bouffent, en n'écoutant la cucarrachââââ, enmaudit câââlis'.
Après ce cours édifiant, nous rentrâmes au port,
eûmes une petite collation roborative à la maison du pêcheur
(crabe des neiges, soupe à l’algue et langue de morue)
et revînmes à Gaspé, pour rendre les clés des voitures.
C’est alors que Julien, qui avait déjà été éjecté d’un bateau, pour
des raisons obscures, nous apporta une caisse de Dom Pérignon 1989-
j’l’ai trouvée !! (il n’a pas dit où ), caisse que nous "sifflâmes"
jusqu’à tard dans la nuit, sans en laisser une goutte!
Merci Philippe, reviens quand tu veux !!!
kukulcan et son équipage quittèrent donc Gaspé, mercredi dernier 11 juin à 14H30, pour remonter le
Sain-Laurent, dans un premier temps, jusqu'à Matane, estimant qu'il leur faudrait 30 heures environ, pour y parvenir.
Mais, le lendemain de leur départ, Kukulcan avançait péniblement, avec un vent de face de 25 à 30
noeuds et beaucoup de mer, obligeant le captain Jack Lemoine à utiliser le moteur. Aussi, afin de ne pas trop puiser dans les réserves de gazoil du bateau, et pour des raisons de
sécurité, il décida d'une escale intermédiaire à Sainte-Anne-des-Monts, où ils arrivèrent après 35 heures passées en mer.
Bien leur en prit, comme vous le verrez plus loin.
Car ils n'oublieront jamais, le chaleureux accueil que Michèle et Mario leur réservèrent.
Sainte-Anne-des-Monts est
assise au pied
de la chaîne appalachienne des monts chic-chocs
Ville maritime, Sainte-Anne-des-Monts a été construite sur la rive nord de la péninsule gaspésienne, dans la partie
Est du Québec, entre l'estuaire du Saint-Laurent et les monts Chic-Chocs.
Cette localité s'est développée surtout autour de la rivière Sainte-Anne, reconnue pour la pêche sportive au
saumon.IAujourd'hui, Sainte-Anne-des-Monts est dotée d'un aéroport, d'un parc industriel, d'une marina et de
deux havres de pêche.
la mer
style="text-align: justify;">
la montagne, avec la chaîne des
monts chic-chocs,
où le Mont Jacques Cartier culmine à 1270 mètres
Mais aujourd'hui, les visiteurs qui y viennent, sont autant attirés par la mer, que par la
montagne.
Située dans la municipalité régionale de comté de la Haute-Gaspésie et de la région administrative de la
Gaspésie-Îles de la Madeleine, elle s'étend sur 263 kilomètres carrés et compte environ 7.000 âmes.
Ses habitants s'appellent les Annemontois et les Annemontoises.
le port, l'église, vus d'en
haut
On y accède par le fleuve Saint-Laurent, par les airs aussi , mais surtout,
la 132, ce ruban de macadam, qui
ceinture toute la Gaspésie
par la route 132, qui ceinture toute la Gaspésie. Sainte-Anne-des-Monts est la porte d'entrée du parc national de
la Gaspésie, auquel on accède par la route 299. Par la route, elle est distante de 88 kilomètres de Matane, de 242 kilomètres de Gaspé et de 496 kilomètres de Québec.
Le nom de la rivière Sainte-Anne figurait déjà sur les cartes en 1709. Son nom proviendrait, dit-on, de celui de
la seigneurie de Sainte-Anne-des-Monts, qui fut concédée àun certain Denis Riverin (un Tourangeau) en 1688, par le gouverneur et l'intendant de la Nouvelle-France.
Les premiers Annemontois s'y installèrent en 1815, principalement pour la pêche. La ville fut un haut lieu de
pèlerinage au début du XXe siècle. Elle fut partiellement détruite, par un incendie, en 1915.
Aujourd'hui, comme vous allez pouvoir le constater, la cordialité et la convivialité des Annemontois et des
Annemontoises, majoritairement francophones, ne sont pas... que de vains mots !
15 juin : Mario "la boulange"
S’il est un intérêt dans le voyage, quelqu’il soit, ou a peu près, c’est bien la ou
plutôt les rencontres. Bien entendu, il y a les paysages, splendides, la faune extraordinaire, la flore, étonnemment fournie, mais surtout... il y a les hommes.
Depuis notre arrivée, certains de ceux que l’on a pu rencontrer à Quebec sont des morceaux de vie magnifiques, des
sacrés personnages.
Nous sommes partis de Gaspé mercredi dernier, où l’accueil comme on a pu l’écrire a été fantastique, puis faisant
route pour Matane, rive droite du Saint-Laurent, nous avons préféré faire une halte à Ste-Anne-des-Monts tellement la navigation était chaotique.
Vent de face, 25 à 30 N, courant idem, vagues pleine guiffe.
35 heures passées à ce régime, nous ont décidé à modifier un brin notre route.
Nous arrivons donc en fin d’après-midi dans ce petit port de pèche, accueil sympathique à la marina, puis décidant
d’aller faire quelques courses à l’épicerie, Alain et moi prenons un peu d’avance sur nos équipiers en pleine discussion avec les gens du port.
Ici, on dit facilement bonjour, en fait on dit bonjour tout simplement, même pour dire au revoir d’ailleurs. Dans la
rue on se salue, et ça c’est bien !!!!!!!
Un cycliste à la Jacques Tati, vif comme l’éclair, actionnant sur les pédales d’un "pas décidé" nous croise,
Bonjour !
Bonjour !
Puis il fait demi tour ; -" Etes vous du bateau francais qui vient d’arriver ? "
Absolument!
A ce moment, il sort de sa veste un petit pain superbe, très appétissant, et nous dit:-"ça c’est pour vous,
bienvenue, je vous attends demain matin pour le petit déjeuner"
" le pain quotidien" que ca s’appelle, chez moé!
Puis il repart vers la marina, un grand sourire au lèvres, à la rencontre de nos compagnons à la traîne.
-" Mais demain on part tôt", lui avait on dit!"
-" C’est pas un problème, je suis là-bas à 3 heures du matin. "
Le lendemain, l’équipage de Kukulcan se dirige, accompagné du 5ème larron, Donald, (mais lui c’est un autre
personnage dont nous parlerons ultérieurement), vers l’établissement du dit Mario, à la sortie du village et là, le festival commence!!!! Accueil, forcément grand sourire de la boulangère, Michèle, une voix au fond de la boutique résonne comme une sirène:
-"Entrez, entrez, ça va les gars ? Venez, venez,visitez, tiens prends ça", dit- il, en me tendant une sorte de
petite madeleine ronde.
La petite boulangerie est très mignonne, finement décorée, avec vue sur la mer.
Du café, du thé, du lait.
Il ouvre les frigos (confitures-maison à gogo), sort les baguettes chaudes, les croissants, les chocolatines,
les gaufres...
"-Tiens goûtes ça mon chem, un muffin au fruits rouges, carottes épices, un régal !!! "
"-Tiens goûtes ça aussi, une brioche à la cannelle et au sirop d’érable, délicieux ! "
"-Michèle, ,j’en ai préparé une grosse pour qu'ils l'emmènent avec eux, tu l’emballes".
Passionné de cuisine, autodidacte, grand voyageur, Mario a appris son métier aux 4 coins du monde. Il en est revenu
après 20 ans de vadrouille, riche de tous ces enseignements culinaires, fort de l’expérience acquise dans mult cuisines du globe, Belgique, France, Japon, Afrique du nord, etc...
Avec des mollets et un physique qui pourraient laisser croire qu’il a fait tous ces endroits en vélo !
Bref, il est super Mario(sic)
Bavard au possible, avec tellement de choses à raconter, tellement de passions à communiquer, tellement de
générosité à partager.
Il est bon comme son pain, un vrai régal le pain, du pain comme on ne pense pas qu’il en existe de ce côté-là de
l’Atlantique, et bien si !
Plein de variété, de bonnes odeurs, la baguette : une tuerie à faire frémir bon nombre de nos boulangers bien assis,
le must !
Le montagnard, un pain d’épautres et de sésame, des fruits confits, des fruits secs, de la noisette, en quantité,
une explosion de saveurs, enfin vous voyez? Non, vous ne pouvez pas voir, c’était bon, très, très bon.
Le meilleur petit déjeuner depuis notre départ de France.
Il est temps pour nous de prendre congé de ce merveilleux artiste boulanger et de sa charmante compagne, avec encore
une fois, une sérieuse leçon d’hospitalité, parce que, vous l’aurez peut-être compris, c’était offert par la maison !!!
Merci, merci, et encore merci, Michèle et Mario.
Qu’elles sont belles ces rencontres du bout du monde !
Qu’ils sont beaux ces gens de cœur !
Si d’aventure, vous passez un jour à Saint Anne des Monts, Gaspésie, le long de la route 132, à la sortie du
village, arrétez-vous prendre un "bon ptit dej", acheter du bon pain, des superbes gâteaux et des tartes salées, et surtout, rappellez à Michèle et Mario, à quel point nous garderons d’eux,
un magnifique souvenir et le goût du délicieux Montagnard.
Champion du monde, Mario la Boulange !
Les kukulboys
Bonne route et bon vent à Kukulcan, ainsi qu' à tous les autres bateaux de la
flottille.
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