Le Conseil Général du département, qui s'appelait alors la
Charente-Inférieure, décida à la fin du XIXème siècle, de doter l'Île de Ré, d'un réseau de chemins de fer qui relierait tous ses villages.
en couleur la ligne de chemins de fer de
l'île de ré
Et c'est ainsi que la Compagnie des Chemins de Fer Economiques des Charentes, desservit de 1898 à
1947, les treize gares de l'Île de Ré.
Sablanceaux, la première gare du
réseau ferré de l'île de ré
(dessin de Philippe Rabanit)
du dessin à la réalité,
je vous laisse admirer tout le talent de Philippe Rabanit
Cette décision se matérialisa rapidement, par l'ouverture de grands travaux de terrassement et
de mise en place du ballast, aménagements indispensables, à la pose des traverses et des rails de la voie de chemin de fer.
La voie unique posée, avait un écartement d'un mètre et mesurait 36 kilomètres, à sa mise
en service. Elle fut rallongée d'un kilomètre, une fois que l'embranchement desservant le Phare des Baleines fut achevé en 1900.
ingénieux ingénieurs (dessin de Philippe
Rabanit)
Pour qu'une locomotive ait la possibilité d'effectuer un demi-tour sur place, des ingénieurs mirent au
point un sytème, appelé plaque tournante, qui le permettait.
une petite gare en construction (dessin de Philippe Rabanit)
De petites gares furent construites pour accueillir les voyageurs, dans les treize villages de
l'Île de Ré: Sablanceaux, Rivedoux, Sainte-Marie, La Noue, La Flotte, Saint-Martin-de-Ré, Le Bois, La Couarde, Feneau-Loix, Ars, Saint-Clément, Phare des Baleines et les
Portes.
la petite gare des Portes, aujourd'hui
la petite gare des Portes (dessin de Philippe Rabanit)
Deux d'entre elles subistent encore aujourd'hui, extérieurement en état à l'identique, à Ars et aux
Portes, où se trouvait le dépôt.
Bâtiment classé occupé aujourd'hui par les
sapeurs-pompiers
Bâtiment classé, le dépôt des Portes servait de remise dans laquelle la locomotive était à
l'abri, pour faire le plein d'eau et de charbon et recevoir les soins des mécaniciens, pour son entretien. Ce dépôt est, aujourd'hui, occupé par les sapeurs-pompiers.
la gare d'Ars, aujourd'hui
Quant à la gare d'Ars, elle est devenue à la fois, atelier et salle d'exposition, des
oeuvres de l'artiste-peintre Philippe Deschamps.
Le 9 juillet 1898, le premier train de voyageurs fit son entrée à Saint-Martin. Quel
événement...!
9 juillet 1898, inauguration du premier train de voyageurs à Saint-Martin
(dessin de Philippe Rabanit)
(dessin de Philippe Rabanit)
Il fut, comme il se devait, fêté en grande pompe, en présence de Monsieur le Préfet, de Monsieur
Victor Bouthillier maire de Saint-Martin et conseiller général du canton, des pompiers, des musiciens de l'harmonie municipale et de la rosière du
canton.
Il faut dire, que toutes les marchandises arrivaient au port de Saint-Martin d'où elles étaient
déchargées et acheminées à leurs destinataires, par le petit train dans toute l'île.
opérations de déchargement du bateau venu de La
Rochelle
(dessin de Philippe Rabanit)
Cette forte activité fit de la gare de Saint-Martin, la gare principale de l'Île de
Ré.
(dessin de Philippe Rabanit)
Les premiers chefs de gare étaient des femmes. Par la suite, elles furent souvent remplacées, par des
mutilés de la guerre 1914-1918. L'arrière grand-mère de Franck Regreny (que je connais), Marguerite Regreny fut chef de gare à Ars en Ré. Lequel arrière petit-fils, à bord de l'Ajité,
un monocoque de 47 pieds traversera l'atlantique (départ le 8 mai 2008, du port de La Rochelle) pour aller fêter à Québec le 400ème anniversaire de sa fondation par Samuel Champlain. Une
flotille de 48 voiliers conduite par le Belem prendra la mer, à cette occasion et mettra le cap sur la baie du Saint-Laurent.
C'est la locomotive 030
Corpet-Louvet, qui fut livrée en 1893
à la Compagnie des Chemins de Fer Economiques des
Charentes
Le matériel de traction était le "TOP" de l'époque. En effet la locomotive Corpet-Louvet de 17
tonnes, type 30 (trois essieux moteurs), fut construite à 14 exemplaires, du numéro 8 à la 21. Le dernier exemplaire fabriqué, la 030 Corpet-Louvet N°21 officiait sur l'Île de Ré. Elle
atteignait, à plein régime, la vitesse vertigineuse pour l'époque, de 35 km/heure. C'est vrai, que comparée à la vitesse d'une charette, il n'y avait pas photo...!
Sa mise en service fut très appréciée et les continentaux (il n'y avait pas de pont, mais le bac) qui
venaient d'accoster, étaient attendus, pour être conduits dans le village de leur choix. Le "tortillard" s'arrêtait dans toutes les gares. Il mettait près de deux heures, pour se rendre
à l'autre bout de l'île. Durant trois décennies, il fut le mode de déplacement, le plus rapide dans l'île.
le petit train franchissant la porte de Toiras
à Saint-Martin
Il devint vite l'une des attractions préférées des enfants, lorsque les premiers touristes
commencèrent à "envahir" l'île, pour profiter de son climat et de la mer.
(dessin de Philippe Rabanit)
Les voyageurs ètaient assis sur des banquettes en bois. Ils cohabitaient parfois avec des
volailles et des lapins, mais il règnait une certaine convivialité à l'intérieur des wagons. L'ambiance y était, cependant, bruyante.

"-Alors Marguerite, voir le train passer, ça émeueueueuut..?"
(dessin de Philippe Rabanit)
Il arrivait que le train s'arrête en rase campagne, pour permettre aux cheminots de saluer et
de causer un peu avec quelque connaissance au travail, qui dans un champ, qui dans un marai salant, situé au bord de la voie ferrée.
Puis, le "brin de causette" terminé, le train repartait pour la prochaine gare.
Malgré de nombreux passages à niveau, les incidents de parcours l'obligeaient aussi à
s'arrêter, de temps en temps, en chemin.
les incidents de parcours étaient parfois
cocasses
(dessin de Philippe Rabanit)
(dessin de Philippe Rabanit)
(dessin de Philippe Rabanit)
Mais une solidarité certaine, lui permettait le plus souvent, de pouvoir
repartir, même quand il lui arrivait de dérailler.
Le petit train participa grandement au développement économique de l'île. Grâce à
lui notamment, le commerce du sel et du vin connut un bel essor.
Mais un jour, la première voiture arriva sur l'île, puis deux, puis trois, puis... les premiers
camions...!
l'autocar "La Licorne" (dessin de Philippe
Rabanit)
Enfin, dans les années 1930, un autocar, "La Licorne", offrit aux voyageurs, de les transporter plus
rapidement, d'un lieu à un autre, sur l'Île de Ré. Equipé de roues en caoutchouc, le transport dans cette sorte de grand wagon à moteur, était beaucoup plus
confortable.
Petit à petit, les îliens préférèrent ce nouveau mode de transport au train. Dans le même temps,
le petit train transporta de moins en moins de marchandises. L'heure de sa mise à la retraite allait bientôt sonner...!
Le "tortillard" connut les deux dernières guerres. Il fut réquisitionné lors de la Première
Guerre mondiale, pour conduire les jeunes rétais mobilisés, jusqu'à Sablanceaux.
des "touristes peu ordinaires" (dessin de
Philippe Rabanit)
La Seconde Guerre mondiale vit arriver des "touristes" peu ordinaires, casqués, bottés, armés
jusques aux dents, qui occupèrent l'Île de Ré. Ils découvrirent le petit train et ne lui laissèrent pas, le loisir de profiter de sa récente retraite. Il fut contraint de reprendre du
service et de travailler, jusqu'au départ de l'occupant allemand.
(dessin de Philippe Rabanit)
Le petit train de l'Île de Ré cessa son activité en 1947et nombreux sont les touristes, adeptes de la
"petite reine", qui empruntent aujourd'hui, sans le savoir, plusieurs tronçons du réseau, qui ont été aménagés en pistes cyclables.