Mais, j’avais oublié la mini bouteille de champagne offerte par Sophie & Nico. Les cap-horniers eux se percent l’oreille; ça, on
verra pour le Vendée Globe, dans quelques années !
Passé le Cap San Fernando, je retrouve Pierre à la VHF. Son moral en a aussi pris un coup, il a perdu son genaker et manque également
d’énergie. C’est cool de retrouver un pote et de se pousser mutuellement. Nous avons pris tout les deux l’option de nous tenir loin des côtes pour rester dans les alizés.
Mais où sont nos petits camarades? Quel vent touchent-ils? Sont-ils sous genaker, voire sous spi ? Il reste des places à gagner, il faut
garder le couteau entre les dents, jusqu’à la ligne d’arrivée !
Je sais par la BLU que nos balises ne fonctionnent plus la tête en bas, ça doit être stressant pour tout ceux restés à terre, je pense pas
mal à eux. Je barre énormément pour économiser au maximum mon énergie, au près, 15 nœuds, le bateau avance sans problème, barre amarrée.
Deux jours avant d’arriver, j’utilise une partie de mon eau douce pour prendre une petite douche. La dernière remontait... à un grain, dans
le pot au noir, genre pub Tahiti douche, vous connaissez ? La même, mais dans une baignoire de 6,50 mètre qui bouge un peu avec rinçage de cheveux dans la réserve d’eau du ris de grand
voile... Un grand moment !
Dimanche au petit matin, le vent commence à tourner, je balance le spi plus tard que Pierre, ça sera payant et quand je le retrouve devant
Salvador, j’ai gagné une dizaine de milles.
Lundi, au petit jour, je commence à apercevoir la terre, des plages, quelques villages puis, des usines et les buildings de Salvador. Voir
une mégapole après tout ce temps, seule au milieu des éléments, provoque un sentiment bizarre...
L’envie d’arriver, de retrouver les ministes et mes amis venus m’accueillir se mélange au sentiment de frustration de la fin de ce rêve, de
ces deux années de projet.
Il ne me reste que quelques milles à parcourir, je m’annonce auprès du comité de course à la VHF. Quelques dizaines de minutes plus tard,
je vois Patrick, le président de course et Antoine, président de la classe mini sur un zodiac : deux présidents pour m’accueillir ce n’est pas la grande classe ???
Puis j’aperçois sur un bateau mes potes : Véro, Fabrice, Beber, Cigogne, Meven, ils hurlent, je suis vraiment émue.
Une fois la ligne coupée, Chloé monte à bord, mon bateau est remorqué, un petit bonhomme bleu prend ma barre et m’offre une bière, mon étai à tenu, j’aurais peut-être pu tirer encore un peu
plus et aller plus vite…